Doit-on et peut-on pardonner la violence conjugale ? Focus

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En bref : Le pardon après la violence conjugale est-il obligatoire ?

  • Le franchissement des limites : Les violences domestiques transgressent vos barrières intimes et l’interdit légal. L’agresseur porte l’entière responsabilité de ses actes. Ses justifications, ancrées dans le cycle de la violence, visent à inverser la culpabilité pour vous faire croire que vous méritez l’agression.
  • Les étapes émotionnelles de l’après-coup : S’extraire des violences nécessite de traverser le déni, la honte et la culpabilité induits par les manipulations. La colère dirigée vers l’abuseur marque le début de la restauration de l’estime de soi, tandis que le désir légitime de vengeance peut entraver la guérison.
  • Le cas de la justice restaurative : Introduit par la loi Taubira, ce dispositif gratuit offre un espace de dialogue volontaire et sécurisé entre la victime et l’auteur sous l’aide d’un·e médiateur·rice. Toutefois, cette démarche est déconseillée en cas d’état de stress post-traumatique, car elle risque de réactiver le trauma.
  • La vraie signification du pardon : Pardonner ne signifie pas oublier, excuser ou se réconcilier. Un pardon précipité cache souvent une emprise ou un déni traumatique. Le pardon n’est pas un cadeau offert à l’ex-conjoint, mais une décision intime de se libérer de la haine, dissociée des poursuites judiciaires.
  • L’acceptation des excuses de l’agresseur : Les promesses de changement sont illusoires si elles ne s’accompagnent pas d’actions concrètes. Pour être recevables, les excuses doivent acter sa responsabilité exclusive (sans « mais » culpabilisant) et s’assortir d’un travail thérapeutique rigoureux et au long cours.
  • Le rôle central du pardon envers soi-même : Absoudre l’agresseur n’est absolument pas une condition obligatoire pour retrouver une vie normale. En revanche, vous pardonner à vous-même (d’être restée, de ne pas avoir vu) s’avère indispensable en psychothérapie pour briser la culpabilité et clore votre reconstruction.

Le pardon après l'agression par le conjoint : est-ce indispensable ?

Vous avez vécu dans le passé une relation empreinte de violence conjugale qui a laissé de nombreuses traces en vous. Depuis, vous mettez tout en œuvre pour vous reconstruire.

Vous êtes toutefois toujours au prise avec une diversité d’émotions : tristesse, colère, peut-être même haine et désir de vengeance. Vous vous interrogez aussi sur la notion de pardon : peut-on pardonner la violence conjugale ? Excuser votre ex-conjoint et ses multiples agressions pourrait-il vous aider à avancer ? Est-ce un aspect indissociable du travail de reconstruction psychique ?

Je vous donne mon avis de psy spécialisée en violences conjugales.

Analyser la violence : le franchissement d’une limite

Les violences domestiques s’apparentent toujours au franchissement d’une limite, et ce, que l’on parle de violences physiques, psychologiques ou sexuelles. Elles représentent une violation des droits fondamentaux et de la dignité de l’autre.

D’une part, ce sont les limites personnelles de la victime qui sont franchies : l’agresseur ne respecte pas ses besoins physiques, émotionnels et psychiques. D’autre part, l’auteur des violences franchit les limites légales, en outrepassant l’interdit de la loi.

Les violences, quelles que soient leur forme, sont punies et interdites par la loi. Rien ne les justifie. Rien ne les excuse.

L’agresseur est le coupable, pas la victime

La responsabilité des violences est à imputer entièrement à l’agresseur. La victime n’y est pour rien, et n’est en rien responsable des violences à son encontre.

La violence n’arrive jamais par « accident » : c’est bien le partenaire violent qui fait ce choix de la violence et qui décide de ne pas respecter l’autre, de l’écraser et de la dominer. Il est entièrement responsable de ses actions et de l’impact de celles-ci sur les autres (enfants, famille…).

 ⚠️ Très important à retenir : Bien souvent, l’auteur des violences utilise des techniques de manipulation visant à inverser la responsabilité avec des phrases telles que :

  • « J’ai réagi de cette façon parce que tu m’as dit ça… »
  • « Tu m’as provoqué, ça m’a énervé. »

Cela fait croire à la victime qu’elle mérite la violence. C’est finalement cette dernière, et non l’auteur violent, qui va alors ressentir une grande culpabilité.

Ces moments de déresponsabilisation de l’auteur sont récurrents dans les relations violentes. Elles font partie intégrante du cycle de la violence. Après une phase d’agression et d’explosion violente, l’auteur des violences entre dans une phase de justification, durant laquelle :

  • il se trouve des excuses
  • il nie sa responsabilité
  • il rejette la faute sur des éléments externes
  • il minimise ses actes

S’ensuit alors une phase de réconciliation ou phase de « lune de miel » lors de laquelle l’auteur cherche à se faire pardonner, ce qui amènera bien souvent la victime à lui donner une seconde (ou énième) chance.

Le pardon, ou l’envie de « soigner » l’auteur des violences

Les auteurs de violence ont souvent eu un parcours et/ou une enfance difficile. 75% des auteurs ont d’ailleurs été eux-mêmes témoins ou victimes de violences dans l’enfance.

Les victimes connaissent généralement le parcours de leur agresseur. Elles vont ainsi avoir tendance à minimiser les violences et à déresponsabiliser l’auteur, en blâmant son passé et lui trouvant des excuses pour ses comportements inacceptables. Elles peuvent également espérer :

  • que leur amour va venir « réparer » ce qui est brisé en l’autre ;
  • que l’auteur des violences va changer à son contact ;
  • que « cette fois-ci, et avec elle, ce sera différent ».

Malheureusement, l’amour ne protège pas des violences et ne suffit pas à « soigner » l’autre. Quel que soit le parcours de l’auteur, rien ne justifie le recours à la violence. Cela peut uniquement apporter certains éléments de compréhension.

Pour la victime, ce désir de « sauver » l’auteur des violences l’amène à excuser les comportements de celui-ci de façon récurrente. Toutefois, dans ces cas-là, le « pardon » est associé à l’idée de réconciliation et de réparation d’une relation détériorée. Il s’inscrit dans une dynamique toujours asymétrique et dysfonctionnelle.

Il est plutôt le reflet d’une emprise toujours bien présente entre le conjoint violent et sa proie. L’auteur des violences ne peut avoir pris conscience et modifié en profondeur sa façon d’être en si peu de temps et sans l’aide de professionnel·les.

⚠️ Important à retenir sur le pardon : Il faut donc être très vigilant au moment où l’idée du pardon fait son apparition dans le discours de la victime. Un « pardon » très précipité, qui apparaîtrait peu de temps après la séparation, sans que la victime ait pris le temps de se reconstruire pourrait soit :

  • s’apparenter à une volonté de réconciliation pour la victime avec un retour auprès de son bourreau ;
  • s’apparenter à une forme de déni ou de dissociation due au trauma : la victime est alors complètement déconnectée de ses émotions et de son vécu. 

 🔗 Votre relation connaît des tensions, voire des moments que vous identifiez comme toxiques ? Je vous invite à lire mon article sur le sujet : Peut-on transformer une relation toxique en relation saine ?

Sortir d’une relation conjugale violente : ce par quoi passe la victime

pardon violences conjugales

Avant de s’intéresser à la signification du pardon et à son utilité dans le processus de reconstruction psychique de la victime, il faut d’abord comprendre par quelles phases et quelles émotions elle passe après une relation violente.

Le déni de la victime

Avant de pouvoir complètement sortir d’une relation conjugale violente, la victime est bien souvent dans une posture de déni vis-à-vis de ce qu’elle vit. Ce déni se manifeste de différentes façons. Ainsi, la personne agressée peut avoir tendance à :

  • minimiser les faits
  • rationaliser en trouvant des excuses à l’agresseur
  • se blâmer pour les comportements violents de l’autre

La première étape pour la personne abusée est donc de prendre conscience que ce qu’elle vit est bien de la violence et que celle-ci n’est pas acceptable.

👉 Important à savoir : Pour certaines victimes, cette prise de conscience peut être très douloureuse voire violente.

La culpabilité et la honte de la victime

La culpabilité et la honte sont des émotions omniprésentes chez les victimes de violences. Ces émotions peuvent perdurer même longtemps après la séparation. Ce sont les manipulations répétées des responsables des violences qui amènent les victimes à introjecter l’idée qu’elles sont responsables de la violence à leur égard. Elles se sentent alors coupables :

  • de ne pas avoir repéré plus tôt ce qui se passait
  • de ne pas avoir réussi à quitter le partenaire violent plus tôt
  • d’être éventuellement retournée avec lui à plusieurs reprises
  • de ne pas avoir pu empêcher la violence
  • etc.

La colère post-violence conjugale

Ressentir une forte colère est tout à fait normal et légitime si vous avez été victime de violences conjugales. Il peut être intéressant de différencier deux types de colère :

  • la colère envers soi-même
  • la colère envers l’abuseur

La colère envers soi-même

Elle est bien souvent liée au sentiment de culpabilité et de honte. Celle-ci peut être particulièrement néfaste, car lorsqu’elle devient envahissante, elle est susceptible :

  • d’entraîner des troubles de l’humeur
  • d’impacter les relations aux autres
  • d’impacter la santé physique (dû au stress qui y est associé)

La colère envers l’abuseur

Lorsque la colère n’est plus dirigée contre soi, mais lorsqu’elle s’exprime envers l’auteur des violences, il s’agit d’une étape très importante du travail de reconstruction. Cette colère est alors bien souvent associée à une estime de soi qui commence à se restaurer chez la victime. Cette dernière perçoit alors petit à petit à quel point elle ne méritait pas ce que l’agresseur lui a infligé.

Tout comme la précédente, cette forme de colère peut devenir envahissante et impacter la sphère émotionnelle et physique de la victime si elle est mal gérée. Toutefois, elle peut également représenter une force motrice pour la reconstruction.

👉 Important à noter : C’est bien souvent la colère qui donne aux victimes l’envie de se battre et de dépasser la peur. C’est elle qui les pousse à porter plainte et à aller au bout de procédures judiciaires extrêmement longues et coûteuses en énergie contre l’ex-conjoint responsable de l’agression.

La vengeance de la victime ?

Certaines victimes peuvent ressentir une envie profonde de vengeance vis-à-vis de leur bourreau, en réponse au sentiment profond d’injustice que les violences ont entraîné. La revanche et le besoin de voir l’autre souffrir viendraient alors pour la victime rétablir une justice, et lui redonner une sensation de contrôle et de pouvoir.

Ces émotions sont parfaitement compréhensibles et légitimes. Toutefois, elles peuvent entraver le processus de reconstruction, et venir paradoxalement renforcer les sentiments de haine et de douleur.

☝ Focus : Le sentiment d’injustice ressenti par les victimes est lié aux violences subies pendant la vie de couple. Il est également lié à la difficulté pour les victimes à se reconstruire après la séparation avec le partenaire. Souvent, elles ressentent une grande injustice du fait de leur souffrance, alors que l’auteur des faits ne semble pas souffrir, ni ressentir de difficulté dans sa vie.

Avec le désir de revanche, le cycle de la violence n’est pas brisé : au contraire, il se perpétue. Si la victime tente de se venger, cela pourrait entraîner une escalade de la violence avec des mises en danger importantes.

💡 Zoom sur la justice restaurative :

Cette notion a été introduite dans la loi Taubira du 15 août 2014. La justice réparatrice ou restaurative est gratuite et complémentaire de la justice pénale. Elle offre un espace sécurisé et confidentiel de paroles et d’échanges sur les ressentis, les émotions et les attentes de la victime et de l’auteur des faits.

En présence et à l’aide d’une personne médiatrice neutre et formée, elle consiste à faire dialoguer la victime et son ex violent, avec pour objectif la reconstruction de la personne abusée, la responsabilisation de l’auteur et sa réintégration dans la société. Elle peut prendre la forme :

  • de rencontres directes victime / auteur (d’une même affaire)
  • de rencontres indirectes victime / auteur (les personnes ne se connaissent pas et ne sont pas concernés par la même affaire)
  • de cercles de soutien (pour les auteurs des actes violents)

La justice restaurative relève toujours d’une démarche entièrement volontaire et personnelle (et non d’une décision d’un·e juge). Les deux parties doivent toutes deux avoir donné leur accord pour qu’une telle mesure soit mise en œuvre. La mesure peut-être arrêtée à tout moment par l’un des participants.

🚨 Ces démarches ne sont pas toujours adaptées dans les situations de violence conjugale. Plusieurs paramètres sont à interroger et à prendre en compte :

  • La victime souffre-t-elle d’état de stress post-traumatique ? Si oui, alors on peut considérer cela comme une contre-indication : la situation risque de réactiver et amplifier le traumatisme.
  • À quel moment de sa reconstruction la victime se situe-t-elle ? A-t-elle retrouvé une estime d’elle-même suffisante ? L’emprise est-elle totalement abolie ?
  • Du côté de l’auteur des faits, les rencontres ne peuvent être envisagées que si celui-ci a reconnu son implication et sa responsabilité dans les faits. 

Le pardon post-violence conjugale : est-ce indispensable ?

D’emblée, je tiens à souligner que le pardon est un choix propre à chacun·e. Ce n’est pas une condition sine qua none de la guérison. Qualifier le pardon comme un élément indispensable ou comme un « devoir » ne ferait que rajouter une pression supplémentaire aux victimes.

La signification du pardon

Étymologiquement, le pardon vient du latin « perdonare », qui signifie : « donner complètement », « donner au-delà de » ou « remettre ».

Il y aurait donc l’idée sous-jacente de quelque chose que l’on donne à l’autre, voire d’un cadeau qu’on lui fait. Or, les victimes pardonnent rarement pour l’autre (mais je reviendrai là-dessus dans les paragraphes suivants).

Il est indispensable dans un premier temps de mettre en avant ce que le pardon n’est pas. Ainsi, pardonner ne signifie pas :

  • oublier
  • se résigner
  • faire comme si de rien n’était
  • occulter les événements
  • approuver les faits ou les minimiser
  • excuser les actes commis ou les cautionner
  • se réconcilier avec le partenaire violent
  • réparer la relation brisée avec ce dernier

Ainsi, même si une personne abusée pardonne à son bourreau, les faits (de violence) restent les faits : toujours condamnables et intolérables. Le pardon pourrait dès lors s’apparenter à l’idée d’accepter qu’un ou plusieurs événements vous soient arrivés sans éprouver de colère, de douleur ou de rancœur.

Le rôle du pardon

Comme évoqué plus haut, les personnes sortant d’une relation violente sont aux prises avec une multitude d’émotions. Et certaines, telles que la colère et le désir de vengeance, peuvent être très envahissantes au quotidien, et peuvent venir impacter la santé physique et psychique.

Ainsi, la haine et la colère sont susceptibles d’engendrer chez la victime une certaine souffrance, que le pardon peut permettre de dépasser. Les victimes ayant pardonné décrivent alors un effet de libération et elles disent se sentir soulagées d’un poids.

Il s’agit pour elles de retrouver une paix intérieure via le pardon, qui leur permet également de reprendre le pouvoir : elles ne se laissent plus dominer par le mal être émotionnel que l’agresseur et ses violences ont sécrété chez elles.

Pour les victimes, le pardon n’est donc pas quelque chose qu’elles offrent à l’ex violent, mais plutôt qu’elles s’offrent à elles-mêmes pour s’affranchir de la haine et ainsi briser le cycle de la violence.

« Le pardon est un acte intime, tout à fait dissocié du cheminement juridique… C’est la décision intime et personnelle de se libérer de [sa] souffrance. »

C. André, A. Jollien, M. Ricard, dans “Trois amis en quête de sagesse”

On peut ainsi pardonner à quelqu’un et porter plainte contre lui. Le cheminement juridique et le cheminement émotionnel et personnel de la victime sont en effet deux notions singulièrement différentes.

🔗 Intéressant à lire : Une étude de 2016 publiée dans la revue Journal of Health Psychology, a mis en évidence que le pardon protégerait des maladies physiques et psychiques liées au stress.

💡 Important à noter : Entre le moment où la victime décide de pardonner et le moment où elle ressent intérieurement et émotionnellement les effets de ce pardon, il peut parfois s’écouler un temps considérable.

Faut-il nécessairement pardonner pour retrouver une vie normale ?

Bien que les victimes de violences conjugales traversent sensiblement les mêmes émotions et souffrent des mêmes séquelles à la sortie d’une relation abusive, il faut rappeler qu’elles suivent malgré tout un parcours personnel qui leur est propre. Ainsi, le processus de reconstruction sera différent pour chacune : ce qui fonctionne pour l’une ne fonctionnera pas forcément pour l’autre.

Par conséquent, le pardon ne représente pas une étape « obligatoire » du processus de reconstruction pour la personne abusée. Il s’agit d’une décision propre à chacun·e. Certaines trouveront un certain apaisement grâce à celui-ci, mais d’autres retrouveront peu à peu une vie « normale » grâce à d’autres éléments : psychothérapie, justice, soutien social, etc.

👉 Mon témoignage de psy : De nombreuses victimes de violences que j’ai accompagnées n’ont pas du tout abordé la question du pardon au cours de leur suivi. Pourtant, ces femmes se sont restaurées psychiquement, ont retrouvé autonomie et estime d’elle-même et ont expérimenté un retour à une vie normale.

Si le pardon à l’agresseur n’est pas indispensable pour la reconstruction, le pardon à soi-même l’est. Tant que la victime reste dans une forme de culpabilité et de colère envers elle-même, alors elle est susceptible de rester dans le traumatisme. Le pardon envers soi-même peut alors être salvateur.

Faut-il accueillir les excuses de l’agresseur ?

Lorsqu’elle débutent leur processus de reconstruction, de nombreuses victimes de violences conjugales espèrent recevoir des excuses de la part de l’auteur des violences. Cet espoir est bien souvent illusoire, car très peu d’auteurs sont en mesure de se remettre en question et de reconnaître leur entière responsabilité quant à leurs agissements.

Mais quand l’agresseur s’excuse malgré tout, comment réagir ?

Tout dépend de la sincérité des excuses que présente l’auteur.

Si les excuses apparaissent peu de temps après un énième fait de violence de la part de la personne violente, il peut s’agir d’une manœuvre de cette dernière pour tenter de reprendre une relation avec sa victime.

💬 Important à savoir : Il n’est pas rare que les auteurs de violence reprennent contact avec la victime avec des paroles comme « je te demande pardon, je te promets que j’ai changé / je vais changer ». Or, le changement n’est pas quelque chose qui se décrète : il s’agit d’un processus (souvent long dans le cadre des violences conjugales).

Finalement, pour que les excuses de l’auteur soient recevables et « acceptables », elles doivent réunir deux conditions.

Si les conditions suivantes sont réunies, il appartient ensuite à la victime de croire ou non l’ex partenaire violent, mais également d’accepter ou non les excuses de celui-ci : là encore il s’agit d’une décision propre à chacun·e.

L’auteur des violences doit reconnaître son entière responsabilité

D’une part, l’auteur doit reconnaître, de façon claire et précise, les faits dénoncés par la victime et en prendre l’entière responsabilité. Des excuses qui ne font pas état des agissements de l’agresseur sont en fait de fausses excuses.

💬 Exemple pour illustrer : Un auteur de violences qui dirait :

  • « Je suis désolé d’avoir été violent (physiquement, psychologiquement, etc.) avec toi MAIS il faut me comprendre, tu m’as énervé »
  • ou bien « C’est difficile pour moi au travail en ce moment »
  • ou tout autre motif…

Cette personne n’est pas en train de s’excuser sincèrement : elle se dédouane et se déresponsabilise de ces actes.

En reconnaissant les faits sans se dédouaner, l’agresseur permet à la victime de se sentir légitime dans ses ressentis, son expérience et ses émotions.

L’auteur des violences doit s’être engagé dans un travail thérapeutique

D’autre part, les excuses doivent être assorties d’actions concrètes.

Si l’auteur des violences est sincère dans ses excuses, cela implique une prise de conscience de ses comportements et de leur caractère néfastes et destructeurs pour l’autre. Cela doit donc l’amener à engager des démarches réelles lui permettant de modifier ces comportements.

Autrement dit, l’agresseur s’engage-t-il dans un travail thérapeutique soutenu et au long cours ?

Certaines victimes peuvent ne pas être prêtes à recevoir des excuses (certaines ne le seront peut-être jamais). Pour d’autres, ces excuses n’apaiseront en rien les symptômes de l’état de stress post-traumatique engendré par les violences. Pour d’autres enfin, ces excuses apporteront un certain soulagement.

⚠️ Ce qu’il faut retenir : On ne peut pas « exiger » que la victime pardonne à l’auteur, sous prétexte que celui-ci lui a présenté des excuses, même sincères. Cela représenterait une violence supplémentaire pour elle. Comme dit précédemment, le pardon ne peut pas être une injonction.

La thérapie : cadre sécurisé pour accueillir le récit des victimes

thérapie pardon violences conjugales

La reconstruction psychique après une relation violente, et le traumatisme qui en découle, est souvent longue et fastidieuse. La psychothérapie offre un espace sécurisé pour la victime afin qu’elle puisse déposer un récit qui peut avoir (souvent) du mal à se dire dans un premier temps. C’est pourquoi il est indispensable de respecter :

  • son rythme
  • ce qu’elle dit
  • ce qu’elle ne s’autorise pas encore à dire
  • ce qu’elle préfère taire entièrement

Grâce à son récit et grâce au soutien psychologique du thérapeute, la victime peut prendre le temps d’aborder et d’explorer les diverses émotions ainsi que la souffrance qu’elle ressent. Ces temps d’exploration et d’analyse sont nécessaires et indispensables à la guérison.

⚠️ Bon à savoir : Une victime qui ne laisserait pas le temps ni l’espace nécessaires à l’expression de ses émotions pourrait maintenir une forme de dissociation, ce qui entraverait l’apaisement du traumatisme.

Ainsi, le pardon « salvateur », celui qui permet de se sentir libéré·e d’émotions et de souvenirs envahissants, ne peut advenir qu’au bout d’un long processus de reconstruction, de prise de conscience et de cheminement intérieur. Ce n’est que lorsque la victime est allée au bout de son récit, de ses ressentis, de ses souvenirs traumatiques, de ses pensées et de son histoire, qu’il pourra prendre tout son sens.

Le pardon va de pair avec l’acceptation :

  • l’acceptation de ce qui s’est passé et de la souffrance liée
  • l’acceptation du deuil de ce qui aurait pu être
  • l’acceptation d’avoir été victime de tels événements

Le pardon intervient donc lorsque les événements qui relevaient encore du traumatisme, s’intègrent dans l’histoire de vie de la personne abusée, comme des événements passés qui n’envahissent plus le présent.

Mais il sera alors avant tout un pardon envers soi-même :

  • se pardonner d’avoir vécu une relation violente
  • se pardonner de ne pas avoir vu : l’emprise empêche de voir et de réaliser ce qui se passe, et l’auteur des violences manipule pour brouiller les pistes
  • se pardonner de ne pas être partie plus tôt : cela demande un courage et une énergie considérables !

Le pardon représente alors un cadeau de la victime envers elle-même, on pourrait dire l’ultime étape de sa reconstruction psychique.

« Pardonner, c’est rendre sa liberté à un prisonnier. Et se rendre compte que le prisonnier, c’était vous. » Lewis B. Smedes

Pour résumer sur le pardon post-violence

  • Les victimes traversent une multitude d’émotions dans l’après-coup d’une relation violente. Toutes ces émotions sont LÉGITIMES. Il est NORMAL de les ressentir.
  • Certaines, comme la colère, la haine ou le désir de vengeance peuvent toutefois s’avérer assez néfastes lorsqu’elles envahissent le quotidien de la victime.
  • Le pardon ne doit être ni une injonction, ni une condition au mieux-être. Il relève d’un choix intime et personnel et ne doit pas être imposé par la société, les croyances ou les circonstances.
  • Ainsi, pardonner à l’auteur des violences n’est pas indispensable pour se sentir apaisé·e. En revanche, se pardonner à soi-même représente une étape importante du processus de reconstruction.
  • Finalement, l’idée n’est pas forcément d’accepter ni de pardonner que l’autre ait fait cela, mais plutôt d’accepter et pardonner que cela vous soit arrivé.

🔗 Vous vous questionnez sur la relation que vous vivez et vous cherchez à savoir si tout est normal ? Découvrez mon article sur le sujet : Comment savoir si une relation est saine : 11 indices sûrs

Vous avez vécu une relation violente et vous souhaitez vous reconstruire ?

Agnès Bonnin Psychologue

Agnès BONNIN, psychologue clinicienne (N° ADELI : 669306953). Spécialisée dans la prise en charge des violences conjugales et des troubles de l'attachement, je propose des consultations de psychothérapie en ligne. Suivez mon actualité professionnelle sur LinkedIn

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