Comment aider une femme sous l’emprise d’un homme ?

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Témoin de l'emprise psychologique dans un couple : que faire ?

Vous connaissez dans votre entourage une femme qui, depuis qu’elle est en couple, semble avoir changé… Vous ne la reconnaissez plus et vous la soupçonnez d’être sous l’emprise psychologique de son conjoint. Vous avez peut-être été témoin de scènes qui vous ont questionné, voire choqué. Mais vous vous sentez impuissant·e et ne savez pas comment lui venir en aide. Comment aider ces femmes sous emprise, qui n’appellent pas au secours et ne quittent pas leur compagnon ? Découvrez quelques pistes et conseils dans cet article.

L’emprise est une forme de violence qui n’est pas l’apanage des conjoints toxiques. Elle peut s’exprimer dans toutes les sphères du quotidien :

  • dans un couple
  • dans la famille
  • au travail
  • entre amis

L’emprise au sein du couple

L’emprise du conjoint dans la relation est bien sûr la situation à laquelle on pense en priorité.

Mais gardez à l’esprit que l’emprise peut se maintenir même longtemps après une rupture. La séparation n’est donc pas synonyme d’un arrêt de l’emprise. Votre proche continuera à avoir besoin de votre soutien, notamment pour éviter de retourner avec son ex, car les manœuvres du manipulateur sont souvent encore très présentes après la séparation.

L’emprise au sein de la famille

On parle d’emprise familiale lorsqu’un ou plusieurs membres de la famille exercent une influence et un contrôle excessifs sur d’autres membres de la famille. Il peut s’agir de :

  • l’emprise d’un parent sur son ou ses enfants
  • l’emprise d’un enfant (devenu adulte) sur ses parents
  • l’emprise d’un frère ou d’une sœur
  • l’emprise d’un grand-parent, d’un oncle, d’un cousin, etc.

L’emprise familiale empêche la personne qui la subit de faire ses propres choix et de s’accomplir pleinement à l’âge adulte.

L’emprise au travail

L’emprise au bureau peut se mettre en place entre employés ou bien entre un supérieur et un employé.

Dans les deux cas, cela créé un environnement toxique qui compromet l’autonomie, le bien-être émotionnel et le développement professionnel de la personne ciblée. Cette dynamique peut affecter la productivité, l’épanouissement professionnel et la santé mentale de façon globale.

L’emprise en amitié

Le même phénomène peut s’observer dans certaines relations amicales, quel que soit l’âge des personnes concernées. Mais l’exemple le plus flagrant s’observe à l’adolescence, lorsque certains jeunes font preuve d’une jalousie et d’une possessivité excessives, interdisant par exemple à certains de leurs amis de passer du temps avec d’autres jeunes.

L’emprise en amitié n’est pas toujours facile à identifier. Et pourtant, elle est tout aussi délétère que les autres formes d’emprise.

S’assurer de bien reconnaître les signes de l’emprise

Il est extrêmement rare que la victime reconnaisse par elle-même qu’elle est en situation d’emprise. Et ce, d’autant plus lorsque l’auteur de l’emprise est son conjoint.

De votre côté, il est possible d’avoir certains doutes, de constater des choses qui vous mettent la puce à l’oreille, sans toutefois pouvoir être sûr·e à 100% de ce que vous percevez. Car votre perception peut également être biaisée ou faussée par vos propres croyances.

Voici donc quelques signes qui peuvent vous alerter.

⚠️ Attention toutefois à ne pas d’emblée interpréter et catégoriser le compagnon comme manipulateur et pervers. Certains de ces signes sont susceptibles d’être retrouvés lorsque la personne ressent un mal-être de façon globale.

9 signes de l’emprise psychologique

1. Cette femme s’isole

Vous sentez que votre amie, fille ou connaissance, se renferme de plus en plus sur elle-même :

  • Vous avez de moins en moins de contact avec elle.
  • Vous apprenez qu’elle voit de moins en moins ses proches.
  • Vous percevez qu’elle délaisse petit à petit tous ses centres d’intérêt, qu’elle a arrêté certaines activités qui lui tenaient à coeur.

Elle a donc une vie sociale de plus en plus restreinte. C’est ce que cherche le manipulateur, afin de pouvoir assoir et maintenir son emprise sur elle. Si vous apprenez par ailleurs que le partenaire dénigre les proches de la victime, alors il s’agit d’un signe non négligeable.

2. Elle ne prend plus soin d’elle

Vous remarquez qu’elle se néglige physiquement. Cela peut se manifester de différentes façons :

  • elle prend ou perd beaucoup de poids
  • elle change de style vestimentaire
  • elle ne se met plus en valeur comme elle avait l’habitude de le faire

3. Elle semble sur le qui-vive

Lors de vos rencontres, vous la trouvez peu détendue. Vous avez l’impression qu’elle est dans l’hypervigilance, comme à l’affût d’un danger. Peut-être observez-vous qu’elle vérifie son téléphone en permanence, ou qu’elle se sent obligée de répondre à son conjoint si celui-ci l’appelle, sans pouvoir différer cet appel. Peut-être craint-elle également d’être surveillée par ce dernier.

 ⚠️ Important à savoir : L’hypervigilance est l’un des symptômes majeurs de l’état de stress post-traumatique, que l’on retrouve chez de nombreuses victimes de violences intrafamiliales et conjugales.

4. Elle semble devenir l’ombre d’elle-même

Vous avez du mal à la reconnaître : elle semble changer de personnalité, de comportement, de valeurs. Elle vous paraît déprimée et ne semble plus avoir aucune vitalité. Alors qu’elle était pétillante et débordante de vie et de dynamisme avant de rencontrer son partenaire actuel.

 ⚠️ Important à comprendre : Nous verrons plus loin qu’en fait, la personnalité des femmes sous emprise ne change pas mais qu’elle est simplement « écrasée » ou « enfouie » du fait de l’emprise.

5. Elle s’efface complètement en présence de son conjoint

Vous trouvez qu’elle a peu de répondant lorsque son compagnon est présent. Vous avez la sensation qu’elle s’efface pour lui laisser toute la place.

6. Elle se dévalorise

Elle ne semble plus avoir aucune confiance en elle alors que vous n’observiez pas cette tendance à l’autodépréciation chez cette personne auparavant.

7. Elle commence à développer des conduites addictives

Alors qu’elle avait un mode de vie plutôt sain avant de rencontrer son conjoint actuel, votre proche a tendance à développer des conduites addictives. Qu’il s’agisse de consommation d’alcool, de médicaments ou de substances psychoactives, l’apparition de ce comportement doit vous interroger :

  • Pourquoi votre proche a-t-elle besoin de recourir à ces conduites ?
  • Quelle fonction cela revêt pour elle ?

8. Elle développe des maladies somatiques

De la même manière, alors qu’elle ne présentait pas de pathologie particulière, elle commence à développer divers symptômes dont la cause n’est pas identifiée :

  • maux de tête
  • maux de dos
  • troubles digestifs
  • maladies de peau
  • fibromyalgie
  • etc.

9. Elle est régulièrement confuse, fatiguée, déprimée

Votre proche vous paraît déprimée, épuisée et elle manque par moments de cohérence. Cette confusion peut être due aux messages contradictoires qu’utilise son bourreau pour assoir son emprise. L’auteur des violences psychologiques souffle le chaud et le froid pour désorienter sa proie.

3 signes du pervers narcissique

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Il peut être très difficile pour vous de repérer les signes de manipulation chez le conjoint de votre proche, car ce type de profil est généralement très à l’aise et apprécié socialement. De plus, le bourreau ne va pas dénigrer la victime devant ses proches. Au contraire, il peut très bien lui faire des compliments, voire l’encenser devant les autres, afin de brouiller les pistes. Malgré tout, voici 3 indices qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille.

1. Votre proche est complètement subjuguée, voire obsédée par lui

Le pervers narcissique utilise « l’approche miroir » comme technique de séduction donnant l’illusion à sa cible qu’elle vient de rencontrer son âme soeur. Il se comporte exactement selon ses attentes et ses espérances. Cela amène la proie à avoir une vision idéalisée de la relation, lui faisant croire que celle-ci est unique et incroyable.

Votre proche le décrit sans doute comme le prince charmant, et se sent elle-même comme une princesse. La relation est bien souvent fusionnelle. Bien entendu, tous les débuts de relation ont ce côté « idéalisé ». Mais ils ne mènent pas tous à une obsession de la relation et à une fusion entre les partenaires.

2. Le PN cherche à s’engager très rapidement avec votre proche

Peu de temps après le début de la relation, il n’est pas rare que les personnalités perverses cherchent à s’engager très rapidement dans quelque chose de sérieux avec leur victime, qu’il s’agisse :

  • d’une demande en mariage
  • d’un projet d’enfant
  • d’un emménagement ensemble

La rapidité de l’engagement peut vous questionner.

3. Cet homme se rend indispensable auprès d’elle

Il est extrêmement présent auprès de votre proche… peut-être un peu trop. Il se montre d’un très grand soutien auprès d’elle, au point d’être présent en permanence, et de ne plus lui laisser d’espace seule.

Ces quelques signes sont assez subtils, et parfois même très difficiles à différencier d’un début de relation saine. Mais il s’agit là de signes qui peuvent être perceptibles par l’entourage des victimes. Bien entendu, de nombreux autres signes sont présents, mais plus difficiles à cerner pour l’entourage. Car ils font leur apparition dans l’intimité du couple, à l’abri des regards.

En voici quelques-uns :

  • Le pervers narcissique (PN) ment et manipule.
  • Il culpabilise, critique et dévalorise sa proie.
  • Il instrumentalise les autres et manque d’empathie.
  • Il est égocentrique, a une vision grandiose de lui-même et ne se remet jamais en question.
  • Il se victimise.
  • Il critique et dénigre toutes ses anciennes compagnes.

 🔗 Si vous souhaitez aller plus loin, voici un test vous permettant d’évaluer si la personne sur laquelle vous avez des doutes présente des traits de perversion : https://www.pervers-narcissique.com/test/

Témoin de l’emprise : être conscient des risques

Avoir conscience que la personne sous emprise n’appelle pas au secours

Vu de l’extérieur, il peut paraître incompréhensible et perturbant de voir une femme rester sous emprise et ne pas demander de l’aide. Et pourtant, vous ne pourrez pas la forcer à le faire si elle n’a pas encore conscientisé ce qu’elle est en train de vivre.

 ⚠️ Important à retenir : Attention aux vieilles idées reçues qui affirment que, si une femme victime ne demande pas d’aide et ne quitte pas son conjoint manipulateur, c’est qu’elle trouve d’une certaine façon une satisfaction dans cette situation. De même si elle le quitte, puis y retourne. Il est extrêmement difficile pour une personne de sortir de l’emprise de son bourreau. Cela demande du courage, de l’énergie et un soutien important.

Pour essayer de mieux comprendre ce qui se passe pour la victime, gardez en tête que l’agresseur lui a sans doute fait croire :

  • qu’elle est folle
  • que personne ne la croirait
  • qu’il y aurait des représailles si elle parlait

Ainsi, la victime de violence psychologique est généralement rongée par la culpabilité et la honte. Elle a perdu toute estime d’elle-même et est bien souvent dans un déni total. De plus, l’emprise entraîne chez elle une situation de dépendance affective vis-à-vis de son partenaire : elle est persuadée qu’elle ne peut pas vivre sans lui.

Pour résumer, c’est le fonctionnement cognitif de la victime dans son ensemble qui est altéré du fait de l’emprise.

Avoir conscience des risques pour la victime et pour vous

L’emprise va souvent de pair avec les violences conjugales, qu’elles soient psychologiques, physiques, sexuelles ou économiques. Elle représente même le prémisse de celles-ci : le conjoint ne pourra pas user de violences envers sa conjointe et la garder près de lui si l’emprise n’est pas déjà installée. D’où la difficulté pour les femmes concernées de quitter l’auteur des violences.

Aussi, la situation n’est pas sans danger, que ce soit pour votre proche ou pour vous. Évitez donc de confronter le bourreau pour lui dire ce que vous pensez : il pourrait alors redoubler de violences et de manipulations envers votre proche (qui est déjà vulnérable), voire commencer à exercer des pressions sur vous.

D’ailleurs, si l’agresseur s’en prend directement à vous (en vous menaçant par exemple), vous êtes en droit de porter plainte. Quoi qu’il arrive, protégez-vous et n’oubliez pas que la notion de danger est toujours présente lorsque vous avez à faire à un pervers narcissique.

Avoir conscience du cycle des violences pour la victime d’emprise

Peut-être que lorsque vous voyez ou échangez avec votre proche, vous la trouvez différente d’une fois sur l’autre. Elle est :

  • est tantôt très émotive
  • est tantôt indifférente
  • exprime des sentiments contradictoires

Vous observez peut-être également que :

  • son discours est changeant
  • qu’il manque de consistance d’une fois sur l’autre
  • qu’elle n’est pas du tout réceptive de la même façon à ce que vous pouvez lui dire

Il peut alors être très difficile pour l’entourage de la victime de s’y retrouver et de mettre du sens sur les changements aléatoires chez elle.

Et pourtant, connaître le cycle des violences pourrait vous permettre d’y voir plus clair.

Dans toute relation marquée par la violence, on observe un cycle, un schéma précis qui se répète plus ou moins régulièrement et qui s’accélère avec le temps. En fonction du moment du cycle dans lequel se trouve la cible des violences, elle ne sera pas ouverte de la même façon au dialogue et/ou à la prise de conscience. On distingue ainsi 4 phases, avec 4 type de réactions différentes de la part de la victime :

  • la montée en tension : elle est anxieuse, a peur de faire des erreurs et modifie son comportement pour ne pas déplaire à l’autre.
  • l’explosion de la violence : elle se sent impuissante, honteuse et humiliée. Elle ressent un fort sentiment d’injustice.
  • la justification ou déresponsabilition de l’auteur : elle accepte les justifications de son bourreau, tente de l’aider et doute de ses propres perceptions et pensées.
  • la lune de miel : elle donne une nouvelle chance, voit les efforts de l’autre et pense que cet épisode de violence était le dernier. Elle retrouve l’être aimé.

Pour faire simple, c’est durant la phase qui suit directement les violences que la victime est mieux à même d’entendre et de prendre conscience. C’est d’ailleurs dans ces moments-là qu’elles sont amenées à demander de l’aide, soit en appelant la police, soit en se réfugiant chez des proches, etc.

En revanche, la phase de lune de miel correspond à la phase durant laquelle la victime est moins réceptive.

9 conseils pour guider la victime vers la prise de conscience

femme tete dans la main parle avec autre femme-aider femme sous emprise

Conseil 1 – Évitez d’avoir certaines attitudes

Vous pensez que cela crève les yeux : votre proche est sous emprise et est donc complètement aveuglée. De votre côté, vous avez certainement envie de crier ce qui vous paraît évident, envie de la secouer afin de lui faire comprendre ce qu’elle endure.

Et pourtant, cela aurait certainement l’effet contraire de celui escompté.

N’oubliez pas que votre proche sous emprise présente une certaine fragilité, voire une vulnérabilité due à ce que son conjoint lui fait vivre. Autrement dit, elle est déjà suffisamment secouée et ébranlée au quotidien, donc inutile d’en rajouter une couche… D’autre part, vous vous heurterez sans doute aux résistances de votre proche, en les renforçant dans le même temps.

Souvenez-vous que la personne sous emprise est bien souvent dans le déni. Elle ne conscientise pas encore qu’elle est dans une situation d’emprise. Entrer en confrontation avec elle est inutile et ne l’aidera pas. Elle a au contraire besoin que vous fassiez preuve d’empathie et de bienveillance à son égard, sans jugement.

Conseil 2 : Évitez d’utiliser certains mots

Évitez de parler d’emprise, de manipulateur ou de pervers narcissique.

Votre proche ne voit pas (encore) son compagnon sous cet angle. Elle l’épargne et lui trouve des excuses du fait de la culpabilité massive qu’elle ressent. En vous attaquant au conjoint, vous viendriez à nouveau renforcer les résistances de votre proche. D’autre part, cela fait le jeu du bourreau et renforce le discours paranoïaque de ce dernier.

 👉 Par exemple, si vous critiquez le conjoint et que la victime ne comprend pas pourquoi, il se peut qu’elle en fasse part à son conjoint. Celui-ci pourrait réagir en vous critiquant et vous dénigrant à son tour :

« Tu vois, ton entourage ne m’aime pas, il cherche à nous séparer et à t’éloigner de moi. »

Ainsi, en cherchant à ouvrir les yeux de la victime, vos mots pourraient avoir l’effet inverse et l’isoler encore plus. Elle n’oserait pas contredire son conjoint et se rangerait de son côté en prenant ses distances avec vous.

De plus, gardez en tête qu’un pervers ou un manipulateur démasqué peut redoubler de virulence envers sa proie. L’emprise est un système de domination qui s’est installé progressivement et insidieusement. Vous ne pourrez pas le mettre à mal en quelques échanges avec la victime.

Si toutefois, votre proche parle spontanément de son conjoint :

  • interrogez-la
  • questionnez ses ressentis
  • demandez-lui ce qu’elle attendait de cette relation et si ses attentes sont satisfaites

Ces questions n’appellent pas forcément de réponses immédiates, mais elles auront le mérite d’amener votre proche à s’interroger sur elle-même. Autrement dit, vous plantez quelques graines dans son esprit qui germeront peut-être dans un avenir plus ou moins proche.

Conseil 3 : Évitez de lui dire quoi faire et respectez son rythme

Il est extrêmement tentant de donner des conseils à votre proche qui vous semblent évidents :

  • « Tu devrais le quitter »
  • « Tu devrais porter plainte »
  • etc.

Ces conseils, qui traduisent votre espoir que la personne agisse, ne feront que renforcer sa culpabilité et sa honte. En plus de rajouter une pression supplémentaire à celle qu’elle vit déjà au quotidien.

D’autre part, gardez en tête que votre proche sous emprise peut avoir tendance à se dévaloriser. Ainsi, lui dire quoi faire, alors qu’elle n’est peut-être pas prête à entamer des démarches, pourrait renforcer son autodépréciation : « Je n’arrive même pas à le quitter alors que tout le monde me dit de le faire. »

Je vous recommande donc vivement d’être directif·ve, car les démarches doivent toujours être faites avec l’accord de la victime. Sauf évidemment dans le cas d’un danger imminent, où vous pouvez contacter directement la gendarmerie.

Conseil 4 : Réveillez la personnalité enfouie de la victime

Même si vous avez l’impression de ne plus la reconnaître, votre proche n’a pas profondément changé. Sa personnalité est la même, mais l’emprise et les manipulations qu’elle vit au quotidien l’empêchent de s’exprimer. Vous pouvez dès lors essayer de venir effleurer, voire de réveiller cette personnalité qui sommeille, en évoquant par exemple :

  • de bons souvenirs partagés ensemble qui datent d’avant la rencontre avec l’auteur de l’emprise
  • des moments de l’enfance de la personne
  • des traits de sa personnalité

Ne vous forcez pas et n’établissez pas une « liste » de tout ce que la personne était ou aimait faire. La conversation doit rester fluide et naturelle.

De la même manière, essayez d’amener de la normalité et de la joie dans la conversation, en évoquant des événements positifs du quotidien.

 👉 Exemple : Évoquez des situations qui vous rendent heureux·se, des petits plaisirs du quotidien, etc. La victime est bien souvent privée de cette légèreté et de ces moments de bonheur et il est important de lui rappeler qu’ils existent toujours.

Conseil 5 : Maintenez le lien en laissant une porte ouverte

Même si vous sentez votre proche de plus en plus distante avec vous, essayez de maintenir le lien dans la mesure du possible. L’auteur des violences tente en effet de saboter ce lien et de le couper complètement. Essayez donc de montrer à la victime que vous restez présent·e pour elle, même à distance. Veillez toutefois à ne pas vous montrer pour autant envahissant·e, car cela pourrait se retourner contre votre proche.

L’essentiel est que la personne sente votre soutien indéfectible, quelles que soient les circonstances. Vous pouvez ainsi lui dire que vous serez toujours là pour elle. Essayez également de percevoir quels sont ses besoins et proposez-lui votre aide en lien avec ceux-ci. Par exemple :

  • A-t-elle besoin d’un endroit où se réfugier (de temps en temps ou même définitivement) ? Dites-lui que vous pouvez l’accueillir autant de temps que nécessaire.
  • A-t-elle besoin que quelqu’un l’accompagne dans certaines démarches ? Dites-lui que vous pouvez être présent·e et l’aider à réaliser celles-ci.
  • A-t-elle juste besoin de quelqu’un avec qui parler et se changer les idées ? Soyez cette personne pour elle.

Conseil 6 : Apportez du soutien et valorisez la victime

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Faites des compliments à la victime et essayez de la valoriser au maximum, en restant naturel·le. Son estime d’elle-même est fortement mise à mal à cause des stratégies du manipulateur. Donc vos mots pourraient lui apporter un peu de baume au coeur et un sursaut de confiance en elle. Cela permet également de renforcer le lien entre vous.

Si votre proche vous parle de ce qu’elle vit, et qu’elle évoque les manipulations et/ou les violences de son partenaire, valorisez-la à nouveau. Soulignez son courage d’en parler et dites-lui qu’elle a eu raison de le faire.

Essayez enfin de la déculpabiliser en soulignant qu’aucune attitude de sa part ne justifie les violences et les manipulations. Rappelez-lui qu’elle n’est en aucun cas responsable de celles-ci.

Conseil 7 : Informez et proposez de la documentation

Si votre proche nomme à demi-mots être victime de violences (il se peut qu’elle minimise les faits), ou si vous avez vous-même assisté à des scènes de violences :

  • nommez-les
  • rappelez que celles-ci sont interdites par la loi
  • rappelez-lui que ce n’est pas normal de vivre cela et qu’elle n’est pas responsable

Si vous avez l’impression qu’elle commence à prendre conscience, mais qu’elle est pleine de doutes, profitez de cette brèche pour l’informer. Je vous recommande vivement de lui parler du cycle des violences et d’étudier avec elle le violentomètre, un outil simple et utile pour sensibiliser aux violences conjugales.

 ⚠️ Important à retenir : En revanche, évitez de donner des documents physiques à votre proche. Si son conjoint tombe dessus, cela la mettrait en danger.

Conseil 8 : Parlez de solutions et d’aides concrètes

Évoquez des solutions concrètes à votre proche lorsque elle commence à identifier l’emprise dans laquelle elle se trouve.

Parlez du dépôt de plainte

Rappelez-lui que les violences qu’elle vit sont interdites par la loi et relèvent donc d’une plainte. Montrez votre soutien en lui disant que vous pouvez l’accompagner pour cette démarche. Si elle n’est pas prête pour cette démarche, n’insistez pas !

Vous pouvez toutefois lui proposer de rédiger un témoignage relatant les faits qu’elle vous évoque. Il faut dans ce cas préciser la date à laquelle les faits vous ont été relatés, le lieu, le contexte, etc. Lorsqu’elle sera prête à déposer plainte, ce témoignage pourra être fourni comme document venant appuyer la plainte. Dans cette attente, vous pouvez garder ce document pour ne pas mettre la victime en danger.

Parlez des situations d’urgence

Rappelez à votre proche les numéros à contacter en cas d’urgence :

  • la police ou la gendarmerie au 17 : lorsqu’elle subit ou vient de subir des violences
  • le SAMU social au 115 : si elle doit quitter précipitamment le domicile conjugal et qu’elle n’a pas de solution d’hébergement
  • le 3919 : pour les écoutes, demandes d’information et d’orientation sur la violence conjugale

Parlez des professionnels formés aux violences intrafamiliales

Indiquez à la victime qu’il existe des professionnel·les formé·es qui peuvent l’accompagner et à qui elle peut parler :

  • des professionnel.les de santé
  • des gendarmes et policières/policiers
  • des avocats
  • des associations d’aide aux victimes
  • des psychologues

Parlez des solutions pour se reconstruire

Rappelez à votre proche la possibilité de se faire accompagner par un·e psychologue formé·e afin de l’aider à sortir de l’emprise. Expliquez-lui que ces professionnels ne sont pas là pour la juger, mais pour lui proposer un espace de parole sécurisé et bienveillant afin de lui permettre de se reconstruire.

 🔗 À ce sujet, je vous invite à lire l’article suivant : Thérapie intégrative : outil efficace après une relation toxique

Conseil 9 : Abordez le sujet de vive voix plutôt que par messages ou réseaux sociaux

Je vous recommande vivement d’éviter de communiquer avec la victime et d’aborder les points vus précédemment par message ou via les réseaux sociaux. Cela laisserait des traces qui pourraient l’exposer à la véhémence et aux violences de son conjoint. L’auteur est en effet souvent dans le contrôle et la surveillance des moyens de communication de sa proie.

Préférez aborder ces sujets de vive voix, dans un lieu où votre proche va se sentir à l’aise et en sécurité.

Comment agir si les liens avec la victime d’emprise sont rompus ?

Peut-être n’avez-vous pas (plus) la possibilité d’échanger avec votre proche. Son conjoint l’a peut-être tellement isolé et manipulé qu’il l’a persuadé de ne plus vous contacter. Ou peut-être que la victime a préféré couper les ponts avec vous afin d’éviter de recevoir les reproches permanents de son partenaire sur la relation qu’elle entretenait avec vous.

Même s’il n’y a plus de contact, certains recours sont parfois possibles selon le type de lien que vous avez avec la personne pour la protéger.

Recourir au Juge aux Affaires Familiales (JAF)

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Si la victime est votre fille et qu’elle a elle-même des enfants, vous avez des droits en tant que grand-parent que vous pouvez faire valoir auprès du Juge aux Affaires Familiales.

 📖 L’article 371-4 du code civil stipule que :

« L’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants. Seuls des motifs graves peuvent faire obstacle à ce droit. Si tel est l’intérêt de l’enfant, le juge aux affaires familiales fixe les modalités des relations entre l’enfant et un tiers, parent ou non. »

⚠️ Dans ces cas précis, il se peut que vous entendiez également parler de “médiation familiale”. Toutefois, s’il existe un milieu familial violent, celle-ci n’est pas recommandée et il vaut mieux recourir d’emblée au JAF.

Signaler les violences à la justice

Dans les situations très inquiétantes ou d’urgence, où vous sentez votre proche extrêmement vulnérable, vous pouvez alerter la justice. Tout citoyen a le droit et même le devoir de rédiger un signalement à adresser au procureur de la République, notamment dans les cas d’enfants en danger et d’adultes vulnérables.

Lorsqu’il s’agit d’une femme sous emprise, celle-ci peut être considérée comme adulte vulnérable. Car elle est moins à même de se protéger du fait de la contrainte morale exercée par l’auteur des violences.

 📖 Selon l’article 434-3 du Code Pénal :

« Le fait, pour quiconque ayant connaissance de privations, de mauvais traitements ou d’agressions ou atteintes sexuelles infligés à un mineur ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge, d’une maladie, d’une infirmité, d’une déficience physique ou psychique ou d’un état de grossesse, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives ou de continuer à ne pas informer ces autorités tant que ces infractions n’ont pas cessé est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. »

 ⚠️ Important à savoir : Ce signalement peut être anonyme en France.

Vous préserver, vous et votre santé mentale

Si vous avez une proche sous l’emprise d’un manipulateur, il est tout à fait compréhensible que vous soyez très inquiet·e et que vous souhaitiez à tout prix l’aider. Mais essayez de vous ménager, et de ne pas vous donner pour mission première de la sauver à tout prix. Vous vous épuiseriez psychiquement et émotionnellement.

La prise de conscience chez la personne sous emprise peut être très longue, tout comme sa décision de s’en défaire. Et votre proche aura besoin de vous et de votre soutien indéfectible tout au long de son parcours.

Pour résumer sur l’emprise psychologique

Nous avons donc vu dans cet article l’importance de reconnaître et d’agir face à l’emprise psychologique. Voici les points clés à retenir :

 1️⃣ Comprendre l’emprise : Elle peut survenir dans diverses relations (couple, famille, travail, amitié) et se manifeste par un contrôle excessif et une manipulation insidieuse.

 2️⃣ Signes à reconnaître : isolement social, négligence personnelle, hypervigilance, dévalorisation, conduites addictives, troubles somatiques, confusion, fatigue, dépression

 3️⃣ Caractéristiques du manipulateur : utilisation de l’approche miroir, engagement rapide, présence excessive, mensonge, manipulation, culpabilisation, dévalorisation

 4️⃣ Risques et précautions : ne pas confronter directement le manipulateur pour éviter des représailles, comprendre le cycle des violences (montée en tension, explosion de la violence, justification, lune de miel)

 5️⃣ Conseils pour aider : faire preuve de patience et d’empathie, éviter les critiques et conseils non sollicités, valoriser la victime et rappeler sa personnalité d’avant, maintenir le lien et offrir un soutien concret, informer sur les ressources disponibles sans laisser de traces écrites

 6️⃣ Actions en cas de rupture de contact : recourir au Juge aux Affaires Familiales si des enfants sont impliqués, signaler les violences à la justice

En résumé, pour aider une femme sous emprise psychologique, il faut être présent·e, empathique et informé·e, tout en respectant son rythme et en prenant soin de vous-même. Votre soutien peut faire une grande différence dans son parcours vers la liberté et la reconstruction.

Vous ou un proche avez vécu sous emprise et vous souhaitez en parler ? 

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